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Dr. Rabie Fares

Salam'Alikom Warahmtullah Wabarakatuh

 

Chers bien-aimés,

Nous vivons depuis quelques semaines une situation inédite dans l’Histoire moderne à l’échelle planétaire. Depuis un siècle, nous n’avons encore jamais connu une telle pandémie sanitaire mondiale qui ravage des vies chaque jour dans tous les continents. Après la Chine, l’Europe devient désormais l’épicentre du virus. Cette crise sans précédent a commencé à transformer radicalement nos habitudes de consommation, de travail et même de pratique de notre culte. Nous avons besoin alors de réacquérir des réflexes, de réapprendre des méthodes, de développer des attitudes pour mieux vivre ce temps de crise. Retrouver ces gestes et ces attitudes peut bousculer nos habitudes et transformer notre quotidien. Selon tous les spécialistes, la situation est alarmante : il convient de tout mettre en œuvre pour préserver la vie humaine, âme chère auprès du Divin, en évitant tout contact pouvant transmettre ce virus qui se propage rapidement et notamment lors des rassemblements.

Les images qui nous parviennent de l’Italie sont effrayantes. Ce scénario catastrophique – qu’Allah nous en préserve – peut arriver à n’importe quel moment, dans n’importe quel pays, si les gens n’agissent pas avec responsabilité et sens du devoir. Comment un virus, créature si minuscule, peut-il menacer l’humanité entière ? Nous pouvons que constater la Puissance divine, qui s’exprime avec toute Sa Force, Son Pouvoir et Son Omnipotence pour révéler notre fragilité, notre faiblesse, notre petitesse et parfois même notre inconsistance : « Et Il est le Dominateur Suprême sur Ses Serviteurs. Et Il envoie sur vous des gardiens » (Sourate Les bestiaux, « Al’An’âm », Sourate 6, Verset 61).

Quelle tristesse de voir l’affolement des gens dans les supermarchés, le confinement d’autres dans leurs demeures et le surpeuplement des hôpitaux. En tant que croyants, nous n’avons jamais imaginé que la Ka’aba – haut lieu sacré de l’Islam – puisse être un jour interdite aux pèlerins ! Nous n’avons jamais songé que de nombreuses mosquées dans le monde entier puissent être fermées un jour aux fidèles ! Quelle douloureuse situation pour nous tous, imams, responsables et fidèles, tant attachés aux demeures d’Allah, lieux de paix, de prières, d’instruction, d’apaisement et de clémence d’en être privés. Néanmoins, nous pouvons garder confiance, espoir et force, car si la prière n’est pas célébrée collectivement, cela ne signifie aucunement que la vie spirituelle s’arrête : « Et la terre entière m’est accordée comme mosquée » disait le Prophète, que la prière et le salut soient sur Lui. C’est donc le moment de faire de nos foyers un lieu de prière, de méditation et d’amour : « Et faites de vos demeures un lieu de prière et accomplissez la prière. Et fais la bonne annonce aux croyants » (Sourate « Jonas », Sourate 10, Verset 87). Dieu, Très Miséricordieux nous accordera la récompense complète de nos actes de dévotions en fonction de nos intentions, comme si nous les avions effectués réellement à la mosquée, comme le montre plusieurs hadiths prophétiques.

Ce moment de confinement peut se révéler bénéfique et servir de tremplin pour se réconcilier avec le Divin, communiquer avec soi-même et être en communion avec sa famille. Dans ces moments sombres, allumons les bougies de l’espoir, accueillons la lumière de la foi et déclenchons l’étincelle de la confiance. Souvenons-nous que l’épreuve en Islam n’est pas tragique : elle ne se vit pas dans la peur, ni dans la douleur ; elle se vit dans la douceur, dans l’acceptation, dans la dignité et dans la confiance. Nous avons espoir en Dieu, nous croyons que ce mal est un bien pour l’humanité, une bifurcation critique certes, mais une source de renaissance pour penser un autre monde plus serein, plus juste et plus humain : « Ne pensez pas que c’est un mal pour vous, mais plutôt, un bien pour vous » (Sourate « La Lumière », Sourate 24, Verset 11). En effet, les temps de crise en tant que moments d’épreuve collective nous permettent de grandir et de mûrir.

Depuis plusieurs décennies, le monde va mal et plusieurs intellectuels (philosophes, sociologues, psychologues et historiens ..) ont fait le constat d’un malaise lié à la vie moderne. En effet, l’humanité semble – depuis des décennies – condamnée à vivre au quotidien à un rythme effréné, confrontée à une culture de l’urgence, au culte de performance, à la logique marchande et au masque de l’apparence. Pressés et stressés, les gens se retrouvent dans une situation d’ambivalence, d'ambiguïté et de frustration. Psychologiquement déstabilisés et socialement fragilisés, beaucoup de gens fuient cette réalité sombre si difficile à supporter psychologiquement, en consommant des psychotropes (antidépresseurs…), en s’évadant dans une course aux loisirs et aux plaisirs immédiats, en pensant aux vacances, en lisant des romans, en regardant le cinéma, la télévision en boucle, les séries diffusées sur internet, les réseaux sociaux…

Ce temps de crise relative au Coronavirus a donné un brutal coup d’arrêt à notre monde qui poursuit son inéluctable expansion et sa croissance économique, en méconnaissance de sa destinée. Nos sociétés se soucient uniquement de l’impératif du rendement au point d’épuiser les ressources de la planète en la surexploitant, ce qui a généré des désastres environnementaux. Le monde du travail devient de plus en plus un lieu de compétition et de souffrance.

La pandémie de Coronavirus nous apprend à revenir à l’essentiel, à être plus présent avec nos enfants, à travailler à notre rythme, à reposer notre esprit, à rééquilibrer notre vie. En effet, la famille, parfois tellement négligée de nos jours, revient au centre de nos préoccupations. Cette pandémie de Coranavirus nous dit que nous ne sommes pas les maîtres du monde et que tout n’est pas contrôlable, exploitable, inusable, que tout n’est pas maitrisable et n’est pas prévisible : « Prenez garde ! Vraiment l’homme devient rebelle, dès qu’il estime qu’il peut se suffire à lui-même (à cause de sa richesse) » (Sourate « Al Qalam », Sourate 96, Versets 6-7).

Le Coranavirus vient alors briser les illusions d’un monde ultramoderne, et technicisé, sape le mythe d’une société industrialisée et réveille nos instincts de survie les plus naturels (peurs, angoisses, ..etc). Nous devons alors agir avec conscience civile et morale, en développant un élan de solidarité, une forme d’unité et de générosité.

Nous pouvons, tout en prenant les précautions sanitaires nécessaires, penser aux plus fragiles, aider nos ainés s’ils ont besoin de faire leurs courses, d’aller à la pharmacie ou à un rendez-vous médical par exemple. Avec notre foi, grâce à notre énergie spirituelle, soyons plus forts et accueillions l’avenir avec beaucoup d’espoir : espoir que l’humanité changera son chemin et se réconciliera avec les valeurs éthiques et morales qui la fondent.

Que Dieu Tout-Puissant délivre l’humanité de cette calamité, nous ouvre les portes de Sa Clémence et nous accorde le meilleur dans cette vie d’ici-bas et dans l’au-delà.

Amine.
Dr. Rabie Fares.

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